Allia tire la chasse à La Villeneuve-au-Chêne

Cliquer sur un des boutons ci-dessous pour partager cet article

C’est un nouveau fleuron de l’industrie locale qui va disparaître dans l’est du département, déjà largement touché récemment par le projet de fermeture de la maison centrale de Clairvaux, la fin des Menuiseries Simpa (360 salariés à Vendeuvre-sur-Barse et Torcy), la disparition des Cristalleries de Champagne à Bayel dont l’activité remontait à 1678 et un avenir à peine moins sombre et plutôt incertain aujourd’hui pour Cauval à Bar-sur-Aube.

Un peu d’histoire

 usine ancien4

En sommeil depuis le XVIème siècle, c’est en 1816 qu’est relancée l’extraction, à Champ-sur-Barse par Cailletet-Lapérouse, maître de forges à Châtillon-sur-Seine, d’un minerai de pauvre qualité, mais peu cher puisqu’on le trouve à fleur de terre.

En 1842, dans le contexte de cette reprise de la métallurgie auboise, une forge est installée dans un ancien moulin à blé, au bord de la Barse, à La Villeneuve-au-Chêne, bientôt  accompagnée de sa fonderie et de ses deux hauts fourneaux alimentés au bois, présent sur place en grande quantité.

En 1859, la forge dite « anglaise » de La Villeneuve est transférée à la forge basse de Clairvaux, dite Saint-Bernard.

En 1867, le haut-fourneau et le bocard sont fermés. La société du Manoir et Cie, propriétaire des lieux, est dissoute et liquidée.

En 1872, ils sont rallumés, grâce à la disparition de la concurrence mosellane, et emploient alors 80 ouvriers.

1880 : le site est reconverti en poterie, grâce à la  présence en quantité d’argile dans la région.

1929 : «La Céramique de l’Aube» y produit du grès.

1969 : l’entreprise se reconvertit vers la production de porcelaine après rachat et intégration dans le groupe Lafarge par la société CEC qui deviendra Allia . L’usine, qui emploie 150 personnes en 1983, dont 15 % de femmes, résidant pour la plupart à La Villeneuve-au-Chêne  ou à Vendeuvre-sur-Barse, produit alors toutes sortes d’appareils sanitaires. Elle devient une référence en matière de cuvette de WC suspendue à fixation murale, très prisée outre-Rhin. 2000 pièces sortent chaque jour de l’usine, soit 400 000 par an. Allia est la filiale française de Sanitec, société finlandaise implantée également à Limoges, Digoin, Vendôme et Avranches, ainsi que dans neuf autres pays européens, et aux Etats-Unis. Allia est alors  le n° 1 français de la céramique sanitaire. (voir)

Une OPA « amicale »

 Batiment_Geberit_Nuit_width_475_height_250

Mais en 2014, le spécialiste suisse des sanitaires Geberit, dont les WC lavants et chasses d’eau sont présents dans le monde entier (1,9 milliard d’euros de ventes en 2013, 35 sites de production) s’offre Sanitec  (702 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013). L’opération, une OPA qualifiée d’ «amicale», valorise Sanitec à 1,07 milliard d’euros. (Voir ici et ici)

Geberit emploie plus de 12 000 personnes à travers 41 pays et réalise en 2014 un chiffre d’affaires de 2,4 milliards de francs suisses (près de 2.2 milliards d’euros). L’entreprise est cotée en bourse depuis 1999 : en 2012 le titre Geberit est inclus dans l’indice SMI (Swiss Market Index). Alors que le groupe voit son chiffre d’affaires progresser de 20,1% au premier semestre 2015, son bénéfice net,  en revanche, dégringole de 19,9%, suite à la seule acquisition du finlandais Sanitec, qui a lui, en revanche, vu ainsi son chiffre d’affaires  progresser de 20,1% par rapport au 1er semestre 2014 (voir ici). Au 3e trimestre 2015 le groupe réalise un chiffre d’affaires net de 1 814,7 millions d’euros (1972,6 millions de CHF).

C’est ainsi que « à la manière d’une horloge suisse, Geberit met méthodiquement en place sa nouvelle organisation commerciale française » en raison de « l’atonie du marché du sanitaire de ces derniers mois », « à des surcapacités de production et de la pression sur les coûts ». (ici)

Identifier les options stratégiques et les solutions les plus appropriées…

 Le vendredi 13 mai 2016, au siège français d’ALLIA SAS, à Rungis, Geberit lance une  procédure de consultation du personnel, pour deux sites en France, ceux de Digoin et de La Villeneuve-au-Chêne, afin d’identifier ses «options stratégiques  dans le marché difficile de la construction». Cela va conduire sans aucun doute à mettre sur le carreau 177 Saône-et-Loiriens (147 licenciements secs si une trentaine de postes étaient réellement redéployés sur une usine du Loir-et-Cher et une autre au Portugal, comme généreusement envisagé) et 86 Aubois (pour lesquels rien aujourd’hui ne semble prévu à part le licenciement économique).  Faut-il avoir confiance dans les déclarations d’intention du groupe dans un Communiqué de presse, rédigé en anglais (ici, traduit approximativement par nos soins), sur «l’ examen stratégique par la société Geberit AG  des options pour deux sites en France», dans lequel il est question de  «minimiser les conséquences sociales qui peuvent résulter de ce projet » ?

Que faut-il entendre des dirigeants d’un groupe qui «  souhaiterait donc ouvrir des négociations avec les représentants des syndicats dans l’entreprise afin d’identifier les solutions les plus appropriées au redéploiement et à l’accompagnement de mesures concernant la situation des employés qui seraient concernés par ce projet » ? (Voir ici et ici)

Avez- vous  compris la même chose que moi ?

 Je résume : Geberit rachète Sanitec, à qui appartient Allia, pour plus d’un milliard d’euros. Comme ça fait un trou dans la caisse, les actionnaires ne vont pas pouvoir toucher assez de dividendes. Alors, on se débarrasse de deux usines et de leurs ouvriers, comme on jette un kleenex ou comme on abandonne son chien sur une aire d’autoroute au mois d’août.

Ainsi,  à  en croire ce qu’on nous dit, il faudrait maintenant  que les syndicats s’interrogent sur la pertinence des manifestations et des blocages, que les grévistes cessent de prendre « la France en otage » et de s’opposer à  une réforme dont on leur dit pourtant qu’elle est conçue dans leur intérêt !

Cliquer sur un des boutons ci-dessous pour partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *