La série de l’été : les experts et la réduction du temps de travail !

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Les 35 heures, c’est nul ! Parole d’expert.

Deux inspecteurs de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) ont publié en mai 2016 un rapport sur les 35 heures intitulé «Evaluation des politiques d’aménagement-réduction du temps de travail dans la lutte contre le chômage». Or, dans un article du 1er juillet 2016, Médiapart nous apprend que selon le SMIGAS (Syndicat des Membres de l’Inspection Générale des Affaires Sociales), ce rapport a été censuré par le chef de l’IGAS qui a décidé de ne pas le transmettre au gouvernement.

Même si le chef de l’IGAS a, en vertu d’un décret statutaire de l’IGAS, la possibilité de ne pas transmettre les conclusions des inspecteurs à leurs commanditaires (Premier ministre et ministres), c’est la première fois qu’elle est utiiisée et, qui plus est, à propos de la première étude effectuée par l’IGAS sur la réforme des 35 heures qui date de presque 20 ans. Médiapart a interpelé le Premier Ministre ainsi que les Ministres du travail et de la santé sur le fait qu’ils se trouvent ainsi privés de la lecture de ce rapport, mais aucune réponse n’était parvenue à la date de parution de l’article du 1er juillet.

Dans un article du 19 juillet Médiapart publie le fameux rapport qui a bénéficié d’une «fuite» d’inspecteurs de l’IGAS.

Que contient ce rapport ?

Pour le savoir il faut en lire l’intégralité des 105 pages. Toutefois, dans la synthèse présentée au début du rapport, on peut y lire ceci :
«Compte tenu du caractère polémique de cette question depuis une quinzaine d’années, la mission a souhaité appréhender le sujet sous une forme globale, la plus objective et la plus précise possible. Ce rapport est accompagné de huit annexes thématiques qui analysent les très nombreuses données et études disponibles. Il est organisé en trois parties,

  1. la première portant sur l’évolution de la durée du travail dans les différents pays européens,
  2. la deuxième étant consacrée à l’analyse de l’efficacité des différentes politiques du temps de travail mobilisables,
  3. tandis que la troisième présente les recommandations de la mission.»

et à la suite on peut également lire :

«Concernant la première partie, qui mobilise de nombreuses comparaisons européennes en matière de durée du travail, la mission juge particulièrement nécessaire de rappeler certains faits trop souvent méconnus, qui vont parfois à l’encontre de ce qui peut être avancé dans le débat public :

  • La durée du travail diminue dans tous les pays de l’Union européenne.
  • La durée effective du travail en France n’est pas particulièrement basse par rapport à celles des autres membres de l’Union européenne si l’on considère le temps de travail de tous les salariés, et pas seulement ceux à temps complet.
  • Les modalités de cette réduction du temps de travail varient en revanche notablement selon les pays, avec en particulier un recours très variable au temps partiel, certains pays, comme l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, s’étant appuyés sur un développement massif de celui-ci.

Le rappel de ces faits permet ainsi de cerner l’enjeu principal attaché à la question de la réduction de la durée du travail. Dans la mesure où cette réduction est tendancielle et concerne l’ensemble des pays de l’Union européenne, il importe moins de questionner la pertinence de la réduction de la durée du travail que d’identifier les modalités les plus efficaces de celle-ci en matière d’emploi»

Alors pourquoi la censure ?

Dans son article du 19 juillet, Médiapart indique que selon le SMIGAS qui s’est procuré l’avis du relecteur du rapport, celui-ci n’a pas demandé la non-transmission du rapport au gouvernement. Au contraire, dans son avis circonstancié, le relecteur aurait souligné :

  • d’une part, le très gros travail fourni par l’équipe d’inspection ;
  • d’autre part, la formulation de conclusions et propositions qui s’éloignent de la pensée d’économistes qualifiés de «conventionnels».

D’emblée l’annonce faite par les inspecteurs, au début du rapport, d’aller à l’encontre de ce qui nous est asséné quotidiennement par les experts «conventionnels» qu’on nomme aussi «orthodoxes» lorsqu’il s’agit d’économistes (voir ici à ce sujet), semble donc avoir pesé dans la décision du chef de l’IGAS de ne pas transmettre les conclusions de ses inspecteurs.

Il est vrai que quand on est un expert «conventionnel» ou «orthodoxe», c’est bien connu, on ne compte pas son temps de travail. L’essentiel de ce travail consistant à œuvrer à la propagande «réformiste» pour laquelle les français, ces pauvres ânes, n’éprouvent aucune soif.

Cette affaire nous montre à quel point, à quel niveau et avec quels moyens s’exerce la pensée dominante de quelques-uns dans l’espace public qui est notre bien commun à tous.

Pour s’en convaincre, on peut par exemple tenter de faire la balance entre le flot et la masse de critiques ininterrompues émises à l’encontre des 35 heures depuis la mise en place de cette réforme et le silence relatif, voire l’approbation au sujet du CICE (Crédit Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi) dont un rapport sénatorial du 13 juillet 2016 dresse un bilan accablant (voir aussi Médiapart). Ce dispositif coûte en effet 1% du PIB de la France chaque année sans qu’on soit en mesure d’en apprécier les effets positifs. D’un point de vue  «non conventionnel», il s’agit ni plus ni moins que de gaspillage d’argent public.

Pierre Gattaz et son fameux Pins’s pour la création de 1 million d’emplois !

On peut aussi par exemple mettre en face de cette censure faite au rapport sur les 35 heures, le crédit accordé à la parole des économistes «orthodoxes», avec en tête notre faux Nobel d’économie (lire ici à ce sujet), à propos de la loi travail.

4 mars 2016, le journal l’Opinion titre «Jean Tirole défend la loi El Khomri au nom des plus fragiles»

Bref, avec tout ça, si on n’a pas encore compris que la France est un pays irréformable, c’est qu’on est vraiment nul ou, au contraire, qu’on a tout compris.
Car à y regarder de près, les réformes dont on nous rebat les oreilles, elles consistent en un ensemble de mesures qui se nomment austérité, serrage de ceinture, flexibilité des vies, destruction des services publics, lutte contre le cancer de l’assistanat, prise de risque (mais pas pour tous)…
Or, ces mesures ne sont destinées qu’aux plus fragiles, aux plus vulnérables et aux plus démunis des citoyens.
Les experts «conventionnels» en tous genres qui nous les assènent à longueur de temps savent parfaitement que tant qu’ils tiendront la place, le monde de misère engendré par ces «réformes» ne leur est pas destiné.

Certes, à force d’entendre la rengaine de TINA (pas Turner hélas, mais celle de Thatcher) on est tenté d’y souscrire et de baisser les bras, mais il n’est pas encore trop tard. Il reste quelques possibilités d’alternatives à cette machine infernale au service des intérêts privés qui n’a comme seule feuille de route que de mettre les États à ses pieds. Les mécanismes intégrés dans les accords de libre-échange tels que le CETA et le TAFTA font partie de son arsenal, mais ils ne sont pas encore opérationnels.

Il est donc encore temps que les citoyens «conventionnels», ou pas, se saisissent des débats et s’emparent des décisions qui les concernent.


Quelques compléments :

On peut lire sur la page d’accueil de l’IGAS la présentation suivante qui semble hors de toute polémique ou interprétation fallacieuse :

Corps de contrôle interministériel du secteur social, l’IGAS contrôle, audite ou évalue des structures et des politiques, conseille les pouvoirs publics et apporte son concours à des projets. Elle intervient à la demande des ministres ou sur la base de son programme d’activité. Elle traite de sujets touchant la vie de tous les citoyens : emploi, travail et formation, santé, action sociale et politique familiale, systèmes de couverture sociale publics ou privés.

http://www.liberation.fr/france/2016/07/18/selon-un-rapport-censure-de-l-igas-les-35-heures-ont-bien-cree-350-000-emplois_1466926

http://www.alternatives-economiques.fr/le–bon–bilan-des-35-heures_fr_art_1137_58027.html

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