Ce qui se joue à Bure

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Un communiqué de presse, des équipes médicale et juridique du mouvement d’occupation du Bois Lejuc, à Mandres-en-Barrois, fait état de violences graves subies le 16 juillet dernier par les manifestants opposés au projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo. Ont été constatés sur 5 personnes des traumatismes et blessures ouvertes à la tête, multiples blessures au dos et aux membres, brève perte de connaissance pour l’une d’entre elles, diverses lésions aux jambes et au bras pour 3 manifestants par des tirs de flashball et de grenades de désencerclement effectués par les gardes mobiles. Plusieurs témoignages de jets de pierre, non seulement par les vigiles des services privés de sécurité de l’Andra, mais aussi par les gendarmes, ont été recueillis…

Sans titre 1photo : Sébastien Bonetti

Une longue histoire

(La lectrice impatiente et le lecteur pressé voudront bien nous pardonner la longueur de cet article qui n’aurait aucun sens si la genèse des événements qui nous intéressent était tronquée…)

A la fin des années 40, la France produisait déjà en quantité croissante des déchets radioactifs issus du développement des technologies nucléaires à des fins militaires et civiles.

En 1967 et 1969, prenant conscience des dangers courus par la population et dépassée par ses propres productions, la France immerge 14 200 tonnes de déchets radioactifs sur deux sites, au large des côtes françaises et espagnoles, par plus de 4 000 m de profondeur.

Le premier centre de stockage industriel ouvre en 1969 à Digulleville, en bordure de l’usine de retraitement de la Hague, ouverte en 1966 dans la Manche.

10 ans plus tard, l’Agence pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) est créée au sein du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

La loi n°91-1381 du 30 décembre 1991 (désormais codifiée sous la forme des articles L542-1 et suivants du code de l’environnement), également appelée loi Bataille, fixe les grandes orientations relatives aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs de haute activité à vie longue (HA-VL). Elle confère à l’Andra son statut d’établissement public indépendant et lui confie les études sur le stockage en profondeur.

En 1992, un centre de stockage dédié aux déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) est créé sur la commune de Soulaines-Dhuys (Centre de l’Aube-MEI) dans le département de l’Aube ; d’une capacité d’un million de m3, il prend le relais du centre situé dans le département de la Manche, bientôt arrivé à saturation.

 En 1993, toute immersion de déchets radioactifs solides est définitivement interdite. De 1948 à 1983, huit pays européens ont immergé près de 150 000 tonnes de déchets radioactifs dans l’Atlantique,  mode de gestion considéré à l’époque comme le plus approprié.

En 1994, le centre de stockage de la Manche a atteint sa capacité maximale de stockage. 527 000 m3 de déchets français de faible et moyenne activité y ont été entreposés en 25 ans. Il est fermé.  Commence alors pour lui une phase de surveillance censée durer plusieurs siècles. (sources Andra)

Bure

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En 1999, un laboratoire souterrain est construit à Bure, à la limite des départements de la Meuse et de la Haute-Marne. Les études menées par l’Andra sur la possibilité de stocker des déchets en profondeur ont permis d’identifier une couche d’argile vieille de 160 millions d’années à cet endroit.

Le choix de cette commune située aux confins des départements de la Meuse, de la Haute-Marne et des Vosges n’est donc pas anodin ; mais ce serait peut-être prêter à l’Andra une érudition littéraire disproportionnée que de supposer de sa part la prise en compte de l’origine du nom de Bure, auquel l’étymologiste wallon Louis Remacle attribue le sens d’excavation, de cavité, de puits de mine mais aussi de « trou où l’on jetait les chiens morts », de « fosse pour évacuer les latrines ».

En 2003, un nouveau centre de stockage de surface dédié aux déchets de faible radioactivité (TFA) ouvre dans le département de l’Aube sur le territoire des communes de Morvilliers et La Chaise (CIRES). L’aire de stockage s’étend sur une surface d’environ 30 hectares pour accueillir près de 650 000 m3 de déchets sur environ 30 ans.

Les citoyens se mobilisent

En 2004, des antinucléaires de France et d’Allemagne créent l’association Bure Zone Libre (BZL). Ils achètent l’année suivante, sous la forme d’une société civile immobilière (SCI) avec le réseau Sortir du nucléaire, un vieux corps de ferme lorrain à rénover au cœur du petit village de Bure. Cette ferme en ruine deviendra la « Maison de résistance à la poubelle nucléaire ».

 En 2005, l’Andra et le CEA apportent leur démonstration de la faisabilité et de la sûreté d’un stockage profond de déchets très radioactifs et de très longue durée de vie (HA-VL).

Sans titre 3 HARTMANN CHRISTIAN/SIPA-2005

Le mouvement d’opposition au projet s’intensifie. Le 28 juin2006 , afin de clore un débat national prévu de septembre 2005 à janvier 2006 mais qui aurait tendance à se prolonger et à se radicaliser, le Parlement vote une loi de programme dédiée à la gestion durable des matières et déchets radioactifs français. Celle-ci entérine le choix du stockage profond comme solution à mettre en œuvre et demande la poursuite des études.

Il s’agit de la dernière session avant les vacances ; cette loi est votée dans un hémicycle occupé par 19 députés seulement, à main levée et, donc, sans que leur nom soit enregistré.

La Criirad réagit, estimant que cette loi  a été adoptée en violation des prescriptions de la loi Bataille:

  • la décision est prise alors que les recherches viennent à peine de commencer au laboratoire de Bure à la profondeur prévue pour l’enfouissement des déchets;
  • un seul laboratoire de recherche a été construit alors que la loi en garantissait au moins deux.

La pétition signée par 34 000 Meusiens et Haut-Marnais demandant l’organisation d’un référendum est restée lettre morte.

Pendant ce temps, une enquête constate que chaque année, l’usine de La Hague rejette dans la mer 400m3 de liquides radioactifs. Le traité de 1993 interdit effectivement d’immerger les déchets quand ils sont dans des fûts, mais pas quand on les envoie par canalisation…

Tous nos déchets ne sont pas recyclés en France, loin de là. A partir du milieu des années 1990, quelque 108 tonnes d’uranium appauvri issues des centrales françaises ont été expédiées par bateau depuis Le Havre jusqu’en Sibérie pour y être retraitées. Depuis 2006 environ 33 000 tonnes de déchets nucléaires ont été exportés vers la Russie. Ces déchets attendent leur hypothétique recyclage à l’air libre. Selon des prévisions établies en 2010, le volume de déchets produits par les 58 réacteurs des 19 centrales françaises pourrait atteindre près de 1,9 millions de m3 en 2020, puis 2,7 millions de m3 en 2030. Alors, on cherche des solutions en Suède et ailleurs. On envisage de recycler davantage de déchets, sachant que 96% de ceux-ci y sont éligibles (alors que seulement 1% sont réellement retraités), on compte sur les réacteurs de 4ème génération qui pourraient entrer en service à partir de 2040 (si les conditions techniques, économiques et politiques restent réunies) et, dans cette perspective, on prévoit d’entreposer le stock d’Areva, qui est en constante augmentation et devrait atteindre 450 000 tonnes en 2030.

En 2013, un plan national de gestion des déchets nucléaires (PNGMDR) propose des pistes pour améliorer la gestion de l’ensemble des matières et des déchets radioactifs. En mai de cette même année, un débat public est lancé sur le projet de Centre industriel de stockage géologique des déchets radioactifs (Cigéo).

Un stockage à 500 mètres de profondeur

« Cigéo est conçu pour stocker, à 500 mètres de profondeur, dans une couche d’argile, des déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL) issus principalement du traitement des combustibles nucléaires usés. 3 000 m3 de déchets HA et 40 000 m3 de déchets MA-VL  sont déjà produits. Ils sont actuellement stockés à Marcoule (Gard), à la Hague (Manche) et à Cadarache (Bouches-du-Rhône). Cigéo prévoit aussi de stocker les déchets à venir dans les prochaines décennies.  Au final, les volumes de déchets à stocker après 2030 sont estimés à 10 000 m3 pour les déchets HA (60 000 colis) et à 70 000 m3 pour les déchets MA-VL (180 000 colis) dans le cas où la France décide de poursuivre sa politique nucléaire. Depuis plus de dix ans, l’Andra teste les propriétés de la roche et étudie le comportement des matériaux (béton notamment) constituant les colis de déchets.  » (L’Usine Nouvelle)

Notons que les déchets de haute activité (HA) ont une durée de vie de plusieurs centaines de milliers d’années. Plusieurs associations locales (Meuse Nature Environnement, Burestop 55, etc.) ainsi que le Réseau Sortir du Nucléaire annoncent le boycott de ce nouveau débat public, dénonçant une « supercherie ». Le laboratoire de Bure, dont l’Andra a affirmé durant plus d’une décennie le caractère purement scientifique, s’est inexorablement mué en projet industriel d’enfouissement des déchets. La concertation jugée exemplaire de 2005 avait conclu à la nécessité de laisser accessibles les fûts de déchets radioactifs, mais la loi du 26 juin 2006, votée par 19 députés seulement, a entériné la décision de l’enfouissement, ce qui laisse aux Meusiens et Haut-Marnais un goût amer. 400 opposants « perturbent le débat public » qui tente de se tenir à Bar-le-Duc (Meuse) le 17 juin, le qualifiant de « bidon », obligeant le président de la Commission nationale du débat public (CNDP) à lever la séance. Le débat est censé se poursuivre sur internet. La consultation en ligne reçoit 76 000 visites, pas majoritairement favorables au projet, comme on peut s’en douter mais Pierre-Marie Abadie, le directeur général de l’Andra,  affirme que Le débat public a eu lieu et des enseignements en ont en été tirés, comme le démarrage phasé de Cigéo à partir de 2025″.

Le Comité de réflexion, d’information et de lutte antinucléaire (Crilan), les associations «Sauvons le Climat« et «Environnement Développement Alternatif» (EDA) dénoncent la précipitation de l’Andra et les risques de l’enfouissement profond. Ils soutiennent l’argument d’un réel potentiel géothermique sous le futur site de stockage Cigéo, constaté par l’Andra elle-même, avec une eau salée à plus de 60°. Le cabinet indépendant suisse Geowatt, mandaté par le Comité local d’information et de suivi (Clis) du laboratoire souterrain, conclut dans son rapport : « Les ressources géothermiques dans la région de Bure peuvent être exploitées de manière économique avec l’emploi de techniques et de matériels appropriés. » Rentable pour Geowatt, banale pour l’Andra, cette ressource ne suffira pas à convaincre le tribunal de grande instance de Nanterre qui rejettera la demande des six associations qui avaient assigné l’Andra en justice, l’accusant d’avoir dissimulé un potentiel géothermique. Par ailleurs, cela présenterait un danger puisque à l’avenir – lorsque la mémoire du site sera perdue –, les générations futures pourraient être tentées de l’exploiter… au risque de creuser à travers le tombeau nucléaire. Cet autre argument de poids ne pèsera pas dans la balance, le tribunal ayant estimé que seules les autorités publiques sont en mesure de trancher…

Le 49-3

Adoptée le 9 juillet 2015, grâce à la procédure du 49-3, la loi Macron comporte un amendement qui a de quoi faire bondir : il s’agit des dispositions précisant la réversibilité (*) du projet. L’amendement du nom du sénateur meusien Longuet visant à se passer du vote d’une loi sur la réversibilité de l’enfouissement des déchets a déjà été déposé 7 fois au Sénat et 6 fois à l’Assemblée Nationale. Cette ultime tentative l’emportera en présence, encore une fois, d’une Assemblée très clairsemée. « Un insupportable coup de force », a aussitôt dénoncé le groupe écologiste à l’Assemblée.

(* La réversibilité consiste à réaliser l’enfouissement de manière progressive et flexible  afin de laisser à la génération suivante des choix sur la gestion à long terme des déchets radioactifs. La récupérabilité porte sur la capacité à retirer les colis de déchets stockés déjà enfouis.)

Les partisans zélés du projet Cigéo disposent d’un argument de poids :  l’argent, qui fait accepter aux élus des communes concernées ce que leurs électeurs ont refusé en bloc. On ne peut que s’étonner de la frénésie dont fait preuve l’Andra à acquérir des terrains (10 fois plus que besoin) et se poser la question du prix exorbitant (3 fois le prix du marché) auxquels ils sont achetés.

Mais le Conseil Constitutionnel rejette l’inscription de cet amendement à la Loi Macron, parmi 18 autres articles, au motif qu’ils ont été introduits irrégulièrement dans le texte, sous forme d’amendements, et sont par conséquent des cavaliers législatifs. Aussitôt, dans un communiqué, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron prévoit pourtant de relancer l’expérimentation de Cigéo qui « devrait faire l’objet d’une proposition de loi au premier semestre 2016 ».

Le député PS de Meurthe-et-Moselle, Jean-Yves Le Déaut, qui a défendu l’insertion du projet Cigéo dans la loi Macron annonce son intention de déposer dès septembre un nouveau projet de loi sur les conditions de stockage souterrain des déchets radioactifs les plus dangereux.

Le coût financier

Au même moment, l’Andra publie la version 2015 de son inventaire national des matières et des déchets radioactifs. Elle prévoit le triplement du volume de déchets radioactifs produits dans 50 ans. De 20 milliards d’euros prévus initialement selon les chiffres publiés par EDF, Areva et le CEA, le projet de budget qui devra être consacré à l’enfouissement des déchets hautement radioactifs s’envole à 34 milliards, d’après le dossier de 650 pages d’Areva, chiffre non définitif d’après l’ASN, qui « considère que certaines hypothèses retenues par l’Andra, d’ordre technique et économique, sont trop optimistes et de ce fait non conformes à l’impératif de prudence qui s’impose à une telle évaluation. »  Areva est en faillite, EDF à la limite de l’étranglement et l’Andra justifie ce différentiel par la durée sur laquelle s’étale ce budget. L’arrêté du 15 janvier 2016 précise en effet que « Le coût objectif afférent à la mise en œuvre des solutions de gestion à long terme des déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue est évalué sur une période de 140 ans à partir de 2016. » Cédant à la pression des exploitants nucléaires aux abois, Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, choisit de « couper la poire en deux » en fixant arbitrairement le budget à 25 milliards.

A l’insécurité géologique, logistique, chronologique, scientifique et historique s’ajoute le péril économique, ce qui augmente encore l’incertitude quant à « une suite de paris inconsidérés où l’humanité actuelle se dédouane ouvertement de sa responsabilité historique » alors qu’il s’agit d’un engagement sur plusieurs centaines de milliers d’années. L’exemple de la volte-face allemande devrait pourtant inciter à la plus grande prudence.

Pas remis du rejet par le Conseil Constitutionnel de l’insertion de l’amendement Cigeo à la Loi Macron, Gérard Longuet, sénateur de la Meuse  et Christian Namy, également sénateur de la Meuse mais aussi membre du Conseil d’administration de l’Andra, présentent dans la précipitation le 17 mai au Sénat une proposition de nouvelle loi qui « aboutirait à court-circuiter un débat parlementaire documenté et complet sur l’enfouissement et à sauter les étapes pour la mise en service du projet CIGÉO. » Le Sénat lui accorde sans surprise son vote favorable.

Contre un nouveau passage en force

Le dimanche précédent, la mobilisation contre Cigéo a pris un nouveau tour. Une trentaine de militants opposés au projet font le tour de permanences d’élus socialistes équipés de sacs-poubelle et de tracts. Huit d’entre eux ont droit à la garde à vue, aux humiliations et provocations qui vont avec. A Mandres-en-Barrois, la bataille du bois Lejuc est lancée. Pour entraver la progression des travaux, les opposants s’engagent physiquement dans une lutte inégale mais pas perdue d’avance. C’est à cet endroit que seront forés plusieurs puits surplombant la future zone souterraine et que seront stockés, sous forme de plateformes, tous les déblais extraits du sous-sol. Ce bois, auquel sont très attachés les autochtones, a été cédé à l’Andra, par délibération en catimini d’un conseil municipal convoqué à 6 h du matin et malgré le refus par la population lors d’une consultation menée en janvier 2013. C’est l’objet d’un recours déposé au tribunal administratif de Bar-le-Duc, encore en cours d’examen. Par ailleurs, l’autorisation administrative de construction de Cigéo n’interviendrait qu’en 2018, ce qui n’a pas empêché l’Andra de faire preuve d’un empressement hors du commun et de commencer des travaux de forage, l’installation de larges clôtures et l’aménagement des accès. C’est pourquoi, pour les militants, « les recours ne suffiront pas. Cela passera aussi par le rapport de force sur le terrain. »

Un conflit d’intérêt flagrant

Cerise sur le gâteau, c’est le député Christophe Bouillon, député de Seine-Maritime qui est nommé rapporteur de la proposition de la « loi Longuet ». Hors, celui-ci est également président du Conseil d’administration de l’Andra. Saisi par le président rapporteur, le déontologue de l’Assemblée nationale estime qu’« il n’existe aucune incompatibilité formelle » entre les deux fonctions. Une lettre ouverte est adressée par le Réseau « Sortir du nucléaire », la Coordination Burestop et les Amis de la Terre France à M. Christophe Bouillon, député, président du Conseil d’administration de l’ANDRA et rapporteur de la proposition de loi Cigéo et à M. Jean-Paul Chanteguet, président de la Commission de Développement Durable de l’Assemblée Nationale. Le scandale, associé à ce passage en force,  est dénoncé de tous côtés (ici et ici) sans émouvoir le gouvernement.

Le rapporteur de la proposition de loi Cigéo (et accessoirement président du Conseil d’administration de l’Andra) rend son rapport .

Le 7 juillet au petit matin, plusieurs dizaines d’opposants, qui avaient établi des campements dans le bois Lejuc de Mandres-en-Barrois pour empêcher les travaux, sont délogés sans ménagement par les forces de l’ordre. Un recours est déposé contre l’ordonnance d’expulsion auprès du tribunal de grande instance de Bar-le-Duc qui doit statuer pour le 13 juillet.

Le 11 juillet, une petite trentaine de députés présents (ça devient une habitude) votent sans sourciller un scénario précisé de « réversibilité », via un texte LR-UDI et permettent au gouvernement d’engager le pays dans une impasse, prévisible et dénoncée de longue date. Tous les amendements des deux sensibilités écologistes et Front de Gauche, notamment pour préciser davantage cette « réversibilité » jugée bien « trop floue », ont été rejetés.

La ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal a préféré privilégier les Bleus aux Verts, laissant sa place à André Vallini… le secrétaire d’Etat à la Francophonie pour participer aux débats.

Le 13 juillet, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc rend son verdict : le référé est rejeté et l’ordonnance d’expulsion des occupants du bois Lejuc demeure exécutoire.

Cela ne peut pas s’arrêter là

Plus de 80 associations ont déjà rejoint le mouvement. L’opposition au projet et aux méthodes de l’Andra ne se limite pas à quelques « zadistes » ou « illuminés écolo-gauchistes ».

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Paysannes et paysans se retrouvent en première ligne, aux côtés des antinucléaires. Pour Romain : « Le désert agro-industriel a conduit à la poubelle nucléaire .» Christian et Marie-Jeanne : « Ici, on défend la terre nourricière contre le béton. » Jean-Pierre : « Les paysans sont les premières cibles de la répression. »

Un appel est lancé à un rassemblement les 16 et 17 juillet en vue de réinvestir le bois Lejuc dont les occupants ont été délogés brutalement dans le cadre d’une procédure irrégulière. Près de 500 militants reviennent avec outils, gamelles et sacs de couchage pour reprendre position. Ils gagnent leur pari et reprennent la forêt.

Il devient évident que le conflit se durcit. Les gardes mobiles sont épaulés par une milice d’agents de sécurité recrutés par l’Andra auxquels ils laissent d’ailleurs toute latitude pour réprimer violemment les manifestants, adoptant une attitude particulièrement ambivalente en se retirant à plusieurs reprises pour les laisser faire le « sale boulot ».

Comme nous l’indiquions au début de  cet article, « les personnes agressées ont été molestées à coups de bâtons et de matraques, de coups de pieds et de poings, ont reçu des jets de pierre, ont été gazées directement dans le visage et, pour certaines d’entre elles, se sont fait enfoncer la tête dans le sol, taper sur le crâne et rouer de coups. »

 Conclusion provisoire

Lundi en fin d’après-midi, après « un grand repas festif », les occupants de la forêt ont décidé de la quitter, opérant un « repli stratégique ». Enjeu : ne pas s’exposer à des violences stériles, réfléchir à la suite, lancer des actions ponctuelles, par exemple auprès des sous-traitants de l’Andra, tels que les entreprises Vichard Frères, à Suzannecourt, ou Cattanéo, à Bar-le-Duc.

Ce samedi 23 juillet, ont eu lieu à Bure les rencontres pour la constitution d’un collectif de « naturalistes en lutte », à l’image de celui qui a révélé la grande biodiversité du site de Notre-Dame-des-Landes.

Du 20 au 25 juillet se tenait  un Chantier collectif à la Gare de Luméville-en-Ornois avec le collectif des Scotcheuses.

Les 13 et 14 août, un nouveau grand rassemblement d’opposants aura lieu à Bure pour consolider la résistance « et cibler l’avancée du chantier de l’Andra ». Ce devrait être « le point de ralliement de tous les combats contre les grands projets inutiles et imposés ».

 

DERNIERE MINUTE : une info régionale

Adopté le 11 juillet par le Parlement, le texte sur la réversibilité du centre de stockage de déchets nucléaires radioactifs à Bure, entre Meuse et Haute-Marne, a été publié ce mardi 26 juillet au Journal Officiel.

 

Témoignage

C’est à nos 3 amis Eclaireur(e)sCitoyen(ne)s, présent(e)s au bois Lejuc le 16 juillet, que revient le soin de prolonger ce long exposé par la relation de la chaude journée qu’ils y ont vécue. Mireille Brouillet est l’auteure du texte des commentaires. Jean-Marc Weinling celui des photos. Reynald Guérin le militant intrépide qui a bravé la meute des vigiles de l’ Andra pour venir au secours d’un jeune opposant en difficulté.

« S’ils nous expulsent, on reviendra ! ». C’est ce que déclarait un flyer qui nous avait été remis lors d’une précédente visite à Mandres ; une Gazette éditée par les Résistants précisait même la date de ce retour dans la forêt, le 16 juillet, ainsi que l’heure du rendez-vous et le détail de la « manif de réoccupation » organisée par les militants : départ à 11h de la Maison de la Résistance à Bure, direction entrée Sud du Bois Lejuc, de l’autre côté de cette butte.

WP_20160716_11_38_51_Pro Il fait très beau et très chaud ; ça monte dur et pas un cm2 d’ombre…

 Il est midi quand on arrive au sommet de la butte.

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Un échange courtois, mais ferme, s’engage entre une militante locale « responsable » et deux manifestants venus de Mirecourt avec des autocollants et des drapeaux PCF  , qu’ils vont, finalement, accepter de ranger. Prises de parole : on nous donne des consignes : constituer dès maintenant des binômes ou des trinômes pour ne jamais se retrouver seul-e ; on nous indique le nom de l’avocate à contacter en cas d’arrestation et on nous précise que, parmi les manifestants, se trouvent des « médics » (dont on nous donne le numéro de téléphone) à appeler si on a besoin de soins ; enfin, dernière info : la cantine sera installée à l’entrée Nord.

Quelques centaines de mètres sur terrain plat et on aborde la descente. Plus facile que de grimper mais, dès qu’on aperçoit l’entrée Sud, on comprend que l’accueil qui nous est réservé sera chaud mais pas chaleureux…

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Les gendarmes sont beaucoup moins nombreux que les manifestants mais beaucoup mieux armés et, après nous avoir sommés, en vain, de nous arrêter, c’est l’échange gaz lacrymo contre pierres qui s’engage. Reynald nous a équipés de masques, une militante va de groupe en groupe pour proposer du jus de citron : on en imprègne l’intérieur du masque, ce qui le rend très efficace ; je remonte mon foulard PG jusque sous mes lunettes pour protéger mes yeux, mais ça pique quand même. Beaucoup de militants s’agenouillent face contre terre, dans le chemin ou, mieux, dans les blés qui le bordent. La situation semble figée ; aussi, la manif va se diviser en deux groupes : ceux, dont nous trois, qui restent devant l’entrée Sud et ceux qui décident de rejoindre l’entrée Nord à travers le champ de blé ; on voit alors des gendarmes se déployer le long de la lisière du bois et on imagine qu’il ne leur sera pas plus facile qu’ici d’entrer dans la forêt.

Commence alors une très longue attente.

2016 07 16, patience et détermination; chacun campe sur ses positions

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 Les gendarmes bloquent l’entrée d’un chemin qui longe la forêt acquise par l’ANDRA a minima de façon contestable et contestée par les Résistants, voire en toute illégalité ; un habitant de Mandres leur explique que ce chemin appartient à la commune, qu’on ne peut pas nous en interdire l’accès ; il lui est répondu que l’ordre leur a été donné par la Préfecture…dans le cadre de l’état d’urgence !

2016 07 16, statu quo à midi à midiLe soleil est au zénith et je jette des regards d’envie vers ce chemin ombragé mais interdit.

Soudain, le miracle : sans un mot d’explication, tous les gendarmes s’en vont ; l’accès au chemin communal est désormais libre et les militants s’y engouffrent aux cris de : « On a gagné ! » Nouvelle division des manifestants : quelques-uns trouvent tout près un coin où s’asseoir, beaucoup remontent le chemin vers l’entrée Nord et la cantine ; quant aux  Résistants venus réoccuper la forêt, ils traversent le fossé et le talus qui séparent le terrain communal de la « propriété de l’ANDRA »…

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…et se retrouvent face à la milice de l’ANDRA.

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A peu de choses près, on pourrait les prendre pour des gendarmes : mêmes casques, boucliers semblables à ceux de la police grecque , ils ne craignent ni les pierres, ni les bâtons des Résistants ; je ne peux pas affirmer qu’ils ont des armes à feu mais, en revanche, je les ai vus manier le gourdin sans retenue pour expulser ceux qui viennent réoccuper la forêt, même pas gênés par les caméras de France Télévision… Ils ont l’habitude et savent bien que ce ne sont pas ces scènes que le service public de l’audiovisuel va diffuser ! Retour des gendarmes quand les heurts deviennent trop violents. Nous, on se demande s’il n’y a pas comme une entente tacite entre les services d’ordre d’Etat et la milice privée pour se partager le sale boulot et je (me) dis que, lorsque l’Etat aura signé le TAFTA, on entrera de plain-pied dans ce monde de la police privée et de la justice privée.

L’après-midi se déroule dans cette alternance de moments paisibles (pendant lesquels j’ai l’occasion d’échanger avec des militants : je vous en rendrai compte dans un prochain message) et de reprise des hostilités ; puis les manifestants venus soutenir la réoccupation quittent les lieux, par petits groupes. On allait en faire autant quand, vers 19h, les gendarmes reprennent l’offensive et, de nouveau, on a droit aux gaz lacrymogènes, prélude à une entrée musclée dans la forêt pour procéder aux expulsions. C’est alors que Reynald se plante devant six d’entre eux, fermement décidé à déjouer leur projet de « cueillir » un Résistant planqué dans la lisière. Il va rester là …un certain temps, ne voulant pas « lâcher » un centimètre aux représentants des puissants.

Quand nous reprendrons le chemin du retour, nous croiserons des petits groupes de Résistants qui regagnent la forêt pour y passer la nuit.

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Notes   :

  1. Les « Résistants » : Même pour éviter les répétitions, je ne les nommerai pas « Zadistes » ; ils refusent cette appellation sans pour autant mépriser les luttes contre l’aéroport. Ils étaient d’ailleurs invités d’honneur au weekend des 9 et 10 juillet à NDDL et, en retour, un car de 47 Nantais est venu les soutenir ce 16 juillet.
  2. Une « responsable » : les guillemets signalent simplement que les occupants Résistants ne se sont pas donné de chefs, que tout ici est décidé démocratiquement en plénière chaque soir dans la Salle à Mandres…
  3. Les drapeaux PCF (ou autres) n’ont pas droit de cité ; les Résistants refusent tout soutien politique officiel et craignent avant tout la récupération.
  4. L’illégalité de cette acquisition de la forêt par l’ANDRA : en janvier 2013, la population avait refusé l’offre de l’ANDRA d’échange de cette forêt contre 350 ha d’autre forêt et promesse d’emplois et de recettes fiscales. En juillet 2015, le maire a réuni un Conseil municipal en catimini, à 6h du matin pour répondre positivement à l’offre de l’ANDRA, au mépris du choix des habitants.

Pour aller plus loin

Quelques associations à visiter:

http://burestop.free.fr/spip/

http://100000pasabure.over-blog.com/

http://vmc.camp/

http://www.sortirdunucleaire.org/Campagne-Bure-Stop

https://burezonelibre.noblogs.org/

http://les-habitants-vigilants.over-blog.com/

http://www.burestop.eu/

http://burezoneblog.over-blog.com/

http://cedra52.fr/

http://www.can-ouest.org/les-dechets-nucleaires/

http://www.criirad.org/

Une vidéo:

https://archive.org/details/poubellelavie

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6 réflexions au sujet de « Ce qui se joue à Bure »

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