Une « jungle nucléaire en Champagne » ?

Cliquer sur un des boutons ci-dessous pour partager cet article

C’est ce que craint le Collectif contre l’enfouissement des Déchets RadioActifs (Cedra) de Haute-Marne qui se mobilisait samedi 5 novembre pour soutenir deux militants entendus par les gendarmes de Joinville à qui l’on reproche des voies de fait qui auraient été perpétrées contre certains élus, lors d’un conseil municipal houleux à Gudmont-Villiers.

La Source Bleue à Gudmont-Villiers
La Source Bleue à Gudmont-Villiers

Gudmont-Villiers (prononcer « gumon » – ɡymɔ̃) était jusqu’alors un paisible petit village de Haute-Marne de 16.77 km², occupés très partiellement au recensement de 1999 par 355 habitants. Sur le site d’une ancienne scierie, à quelques kilomètres des 184 habitations (chiffre de 2007), la Société Derichebourg a décidé d’implanter une Base Intermédiaire de Services Opérationnels Nucléaires (Bison), le tout porté et accompagné par la communauté de communes du bassin de Joinville-en-Champagne (CCBJC).

Un décret fixant le cadre administratif de ce projet a bien été pris. Mais la préfecture dit n’en avoir reçu aucune précision de la part de la société Derichebourg, qui a présenté benoîtement son projet le 30 septembre dernier. Il ne s’agirait que de déchets peu radioactifs, qui seraient simplement reconditionnés, afin d’en réduire le volume, avant d’être acheminés vers les centres de stockage aubois de Soulaines-Dhuys et de Morvilliers, implantés à quelques dizaines de kilomètres de là.

Gudmont dit non !

La population a réagi très rapidement, de façon à ne pas subir le même sort que celle de Bure, dont le projet Cigéo n’est distant que de 30 km. « Gudmont-dit-non » l’association créée à cette occasion n’a pas l’intention de laisser faire, au point de réussir à faire hésiter l’industriel. Non seulement, les habitants s’insurgent contre le manque d’information et de transparence de la part des élus mais aussi, et c’est plus grave, contre leur incompétence manifeste. Les promesses de créations d’emplois et les avantages promis, comme dans tous les Grands Projets Inutiles Imposés qui fleurissent aujourd’hui, ne suffisent plus à les convaincre.

A cette heure, la société Derichebourg envisage de diligenter une étude scientifique avant de déposer sa demande d’autorisation d’exploitation. Mais lorsqu’on sait avec quelle facilité de telles études sont caviardées par le choix des experts, rarement totalement indépendants de leurs mandataires, on craint de pouvoir facilement anticiper leurs conclusions.

A plus forte raison lorsque les autorités se mettent, comme ici, à poursuivre à tout propos les citoyens qui s’opposent (manifestants, syndicalistes, lanceurs d’alertes, etc). On constate que ce genre de pratique abusive se multiplie dangereusement, remettant sérieusement en question les règles les plus élémentaires de la démocratie.

Peut-on faire confiance à Derichebourg ?

On peut en prendre pour exemple, précisément, quoique sur un autre registre, les méthodes dont Derichebourg est coutumier au sein de son entreprise, avec des méthodes managériales assez contestables : Derichebourg n’apprécie pas vraiment les syndicats ; il n’hésite pas à avoir recours au harcèlement ; il prend beaucoup de libertés avec le code du travail en interdisant notamment aux grévistes de rejoindre leur lieu de travail ; il recourt sans vergogne à l’embauche de sans-papiers, à la sous-traitance, synonyme ici de maltraitance ; il semble manifestement prendre plaisir à se trouver en conflit avec son personnel.

Le petit ferrailleur des années 50 s’est considérablement développé, devenant le groupe Derichebourg, une multinationale aux multiples ramifications dans 14 pays avec plus de 300 implantations dans le monde. Que faut-il attendre de la part du « patron le plus secret de France », visé par une procédure judiciaire pour délit d’initié, que l’on retrouve fréquemment sur les bancs des tribunaux et toujours à la recherche de contrats juteux en tous genres, s’intéressant autant au sport (Daniel Derichebourg fut propriétaire un temps du club de rugby, le CA de Brive-Corrèze-Limousin, qu’il a revendu en 2009, et sponsoriserait volontiers, on l’a vu, d’autres sports) qu’à d’autres causes : Derichebourg voudrait nous faire croire en son comportement exemplaire en matière d’environnement, participant à la COP 21 et roulant au diester

Et ça n’est pas tout !

Un nouveau projet vient de voir le jour juste à côté, à Joinville-en-Champagne, où devrait s’implanter la laverie nucléaire de l’Europe. La société Unitech se propose d’y traiter tout le linge sale du nucléaire français, mais également allemand, suisse, belge. C’est un premier contrat conséquent de 500 tonnes de linge contaminé, qui proviendrait de l’usine Areva de retraitement à Beaumont-Hague et qui alimenterait le démarrage de cette structure de décontamination.

Tout ceci se passera donc, bien évidemment et comme de coutume, en toute transparence et dans le plus entier respect des règles démocratiques en vigueur. On le constate chaque jour, dans notre agglomération, notre département, notre région, en France, en Europe, dans le monde

Pour en savoir plus :

http://www.cedra52.fr/

et, pour se reposer les yeux, 4 documents audio sur le projet Bison :

France Culture le 02/10/2016

Michel Marie du Cedra 52 le 03/10/2016

Michel Marie du Cedra 52 le 13/10/2016

Jean-Paul Vautrin, porte-parole de « Gudmont dit non«  le 26/10/2016

Cliquer sur un des boutons ci-dessous pour partager cet article

Une réflexion sur « Une « jungle nucléaire en Champagne » ? »

  1. Merci!
    Merci Rémy pour tes recherches et la diffusion que tu en fait.
    En effet, je n’ai pas entendu beaucoup d’autres infos que celles concernant la dernière extravagance de Donald (non! pas celle du canard que « Pique les sous » martyrise).
    « Moins de bruit pour d’avantage de lumière! »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *