Big Sister

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L’assurance Maladie distribue ces jours-ci dans les boîtes à lettres une plaquette invitant chacun à s’inscrire sur le site ameli-sante.fr à des programmes de coaching, au choix : nutrition, dos ou cœur. « Ces programmes sont destinés aux assurés en bonne santé qui souhaitent le rester ».

Pour cela, si ce n’est déjà fait, il faut créer un compte Ameli, sur le site général de l’Assurance Maladie (en indiquant informations personnelles, identité, date de naissance, numéro de sécurité sociale, organisme complémentaire, médecin traitant, adresse, eMail, téléphones mobile et fixe, etc. ), puis s’inscrire à un programme en répondant à 19 questions : situation professionnelle, taille, poids, habitudes alimentaires, de sommeil, stress, activité physique, problèmes de dos, antécédents familiaux, consommation de tabac, etc.)

Vous êtes alors invité à choisir le programme que les algorithmes ameliens ont sélectionné en fonction de vos réponses, ou encore l’un des 2 autres, selon votre préférence. Il vous faut maintenant sélectionner l’avatar de coach à votre goût. Puis viennent, si vous avez du temps devant vous,  des questions relatives à vos vaccinations, aux dépistages auxquels vous vous êtes soumis, sur toutes sortes de vos sensations (questions très intrusives), si vous souhaitez être relancé, comment… On vous propose alors un choix parmi plusieurs « ateliers », pour la pratique desquels il va encore vous falloir répondre à une multitude de questions plus inquisitrices les unes que les autres.

Nous n’avons pas pris le temps de tester la totalité des choix possibles. Mais, nous sommes conscients que les têtes pensantes de la CNAM ont dû cogiter intensément pour répondre de façon aussi éclectique à nos souhaits en matière de santé, mais aussi et surtout qu’ils aimeraient qu’on ne leur cache plus rien…

On est loin du dessein philanthropique de Piarron de Chamousset qui, en 1754, souhaitant porter secours à « ceux qui périssent victimes de leur état, comme les artisans, les marchands, les hommes qui vivent journellement de leur travail », publia un « Plan d’une Maison d’Association », premier établissement de soins mutualiste, pourrait-on dire mais qui ne vit jamais le jour puis, en 1770, un « mémoire sur les compagnies d’assurance pour la santé » où tout le monde serait sur le même pied d’égalité en matière de soins.

On est plus loin encore de l’esprit d’Ambroise Croizat, ministre du Travail et de la Sécurité sociale qui se battit pour faire promulguer l’ordonnance du 4 octobre 1945 au sortir de la 2ème guerre mondiale, qui voulait répondre « à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain […] » qui donna naissance à la Sécurité Sociale.

Si celle-ci à connu en 71 ans pas mal de réformes (1967, 1996, 2000, 2004) lui enlevant une bonne part de son caractère sécurisant, on est en droit aujourd’hui d’avoir peur de la tournure que d’aucuns voudraient lui donner, bien qu’ils se défendent de vouloir la privatiser.

Les lobbies des compagnies d’assurance aimeraient bien lui substituer des assurances volontaires,  avec leurs pratiques inquiétantes qui tentent, par exemple, d’introduire progressivement l’idée d’accepter des mouchards dans les automobiles, dans un premier temps de façon ludique et inoffensive, au prétexte de favoriser les bons conducteurs…

Pour l’instant, la Sécurité Sociale a déjà dépassé des limites acceptables en matière de respect de la vie privée (fréquence croissante des contrôles des prescriptions de soins, d’arrêt de travail, etc.) et n’a de cesse de culpabiliser les citoyens à propos de l’usage de leurs droits mais aussi de leur mode de vie.

Quand, il sera entré dans les mœurs des assurés sociaux de tenir leur CPAM au courant de leurs consommations diverses (matière grasse, alcool, tabac, etc.) et de leurs activités physiques, voire sexuelles, rien ne pourra plus les empêcher de se voir refuser un remboursement, une prestation sociale, voire les soins eux-mêmes, au prétexte qu’ils sont responsables de leurs propres maux, sans parler du taux des cotisations qui sera devenu totalement incontrôlable…

A voir ou à revoir

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