Valls veut démontrer que l’islam «est fondamentalement compatible avec la République»

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De toute évidence, mélangeant les choux et les carottes, Valls marche dans les pas de l’extrême droite

En proposant cette démonstration, puisqu’elle répond à l’affirmation du contraire par celle-ci depuis au moins 2011. Parce que cette discussion n’a pas lieu d’être. L’islam est une religion et n’a donc rien à voir avec la République. La religion relève de la sphère privée et non pas du domaine public.

La loi de 1905 repose sur la distinction juridique et politique des sphères publique et privée. Elle instaure une séparation stricte du politique et du religieux avec la fin de toute religion reconnue et subventionnée. Elle constitue un acquis essentiel de la République démocratique en mettant pleinement en œuvre sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Avec Jean-Paul Scot (in L’État chez lui, l’Église chez elle. Comprendre la loi de 1905, Seuil, Points Histoire, 2005), nous préférons replacer la laïcité au cœur des combats pour la consolidation de la République. S’agirait-il maintenant de remettre en cause ce pilier de notre ordre juridique (sauf, il est vrai,  pour l’Alsace-Moselle) ?

Ce n’est pas comme ça que le communautarisme et l’intégrisme religieux disparaîtront.

Défendre la liberté de religion, ce n’est pas monter en épingle l’une ou l’autre d’entre elles. Dans son livre posthume, LETTRE AUX ESCROCS DE L’ISLAMOPHOBIE QUI FONT LE JEU DES RACISTES (Les Échappés, Paris, 2015, 96 pages), Charb, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, assassiné le 5 janvier 2015 par les frères Kouachi, nous fait part de son inquiétude de voir la lutte antiraciste remplacée par une lutte pour la protection et la promotion d’une religion.

Régis Debray et Didier Leschi , dans La laïcité au quotidien Guide pratique (Collection Folio hors série n° 6093, Gallimard , janvier 2016) écrivent :
« Un président de la République aide-t-il à la séparation des ordres lorsqu’il invite à l’Élysée, les mettant en vis-à-vis avec d’excellentes intentions réconciliatrices, le président du Conseil français du culte musulman et le président, non du Consistoire, mais du Conseil représentatif des institutions juives de France ? Le premier défend des intérêts religieux, le second des intérêts politiques. Ils ne sont pas de même nature. »(p. 130)

Pour Bernard Teper, dans Laïcité : plus de liberté pour tous ! (éd. Eric Jamet, 2014, 130 pages), les deux notions de «vivre ensemble » et « vivre séparé » ne sont pas incompatibles :
« Le principe de laïcité correctement appliqué (pas toujours en France) permet le plus haut niveau du « vivre ensemble ». Il suffit pour s’en convaincre de faire le tour du monde des démocraties communautaires.
La guerre civile religieuse ou ethnique, la guérilla religieuse et ethnique, le racisme, la xénophobie, l’islamophobie, l’antisémitisme, les inégalités citoyennes ou territoriales, les troubles à l’ordre public, les discriminations sont monnaies courantes à un niveau inconnu en France ou en Suède par exemple. Mais le principe de laïcité doit permettre aussi le « vivre séparé » quand on le désire. » (p.73)

« Compatible »

Penchons-nous un peu sur ce terme.
Pour Larousse :
compatible : adj.
• Qui peut exister en même temps, s’accorder avec quelque chose d’autre ; conciliable : Leurs caractères ne sont pas compatibles.
• Se dit d’appareils doués de compatibilité.
• Se dit de polymères présentant une bonne miscibilité

Pour Littré :
compatibilité
(kon-pa-ti-bi-li-té) s. f.
• Qualité des personnes ou choses qui peuvent demeurer et subsister ensemble. Ils n’ont entre eux aucune compatibilité d’humeurs. Compatibilité de fonctions.
• Anciennement, lettres de compatibilité, lettres par lesquelles le prince permettait de posséder en même temps deux charges qui ne pouvaient être exercées par une même personne.

Valls ne chercherait-il pas à en faire un peu trop ?

Restons chez Littré :

• Le prince se dit quelquefois du gouvernement dans les États républicains. Le corps entier considéré par les hommes qui le composent s’appelle prince, et, considéré par son action, il s’appelle gouvernement, [Rousseau Ém. V]
On appelle, en droit, prince, le gouvernement quel qu’il soit. Fait du prince, un acte de gouvernement qui fait fonction de force majeure, et auquel on ne peut résister.

Il est vrai que l’usage de l’article 49.3 nous y a déjà un peu préparés…

Pour aller plus loin et se faire sa propre idée :

CharbDebrayTeper

http://lesmoutonsenrages.fr/2016/04/13/valls-veut-demontrer-la-compatibilite-de-lislam-avec-la-republique/
http://www.marianne.net/agora-republique-islam-ensemble-relevons-defi-100235428.html
http://boutique.monde-diplomatique.fr/l-islam-la-republique-et-le-monde
http://www.cairn.info/la-fracture-coloniale–9782707149398-p-75.htm
http://islamlaique.canalblog.com/
Églises en ruines, société en déclin ? par Frédéric Gugelot https://assr.revues.org/26624

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2 réflexions au sujet de « Valls veut démontrer que l’islam «est fondamentalement compatible avec la République» »

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